Partir seul·e pour une traversée alpine de 36 heures, c’est le genre de défi qui me fait vibrer : liberté, solitude, prise de décision instantanée. Mais c’est aussi un engagement envers sa sécurité et celle des autres en cas de pépin. Voici comment je prépare et sécurise ce type d’aventure avec un sac Osprey 40L comme unique compagnon de chargement — optimisation, matériel indispensable, checklist et plan de secours inclus.
Pourquoi un Osprey 40L ?
J’ai choisi un 40 litres pour trouver le meilleur compromis entre capacité et légèreté. Un Osprey (j’utilise souvent un Osprey Tempest 40 ou son équivalent homme) offre un bon maintien du dos, une répartition de charge efficace et suffisamment de poches pour organiser le matériel. Sur 36 heures en haute montagne, on peut parfaitement tenir avec 40L si on sait trancher sur l’essentiel et privilégier du matos polyvalent.
Planification avant le départ
Je ne pars jamais sans une préparation minutieuse : choix de l’itinéraire, météo, heures d’ensoleillement, points d’eau possibles, et plan de secours. Pour une traversée alpine je vérifie :
Cartes topographiques (IGN en France) et traces GPX.Bulletin météo sur Météo-France et modèles locaux (windguru/meteoblue pour le vent).Etat du terrain : névés, passages exposés, zones d’avalanche si saison froide.Points d’évacuation et itinéraires alternatifs pour éviter les crêtes exposées en cas de mauvais temps.Matériel indispensable (mon kit pour 36 h)
Voici le matériel que j’emporte systématiquement dans mon Osprey 40L. Tout tient si on choisit des versions légères et multifonctions.
Navigation : carte papier, boussole, GPS/traceur (Garmin inReach Mini pour balise et messagerie), trace GPX sur montre (Garmin/Fenix ou Suunto).Protection contre le froid : veste hardshell (Gore-Tex ou équivalent), doudoune légère (Rab/Patagonia), gants chauds, bonnet.Couche technique : sous-vêtements techniques respirants, buff, chaussettes de rechange.Abri : tarp ultraléger ou mini-bivouac (si vous ne dormez pas en refuge). J’emporte aussi une couverture de survie.Sommeil : matelas néoprène compact (Therm-a-Rest NeoAir lite) + sac de couchage léger (-5°C si possible selon season).Hydratation et nourriture : 1.5–2L en bouteille souple (Salomon), système de purification (Filtres Sawyer ou pastilles Micropur), nourriture hypercalorique : barres, repas lyophilisés MSR ou à réhydrater.Cuisson : réchaud ultraléger (MSR PocketRocket) + cartouche ou alcool selon conditions.Sécurité : trousse de secours compacte (compresses, bande, suture adhésive, médicaments personnels), sifflet, lampe frontale Petzl (avec piles de rechange), cordelette 5–6 mm 3–4 m, couteau multi-usage.Assurances et documents : copie de carte d’identité, informations médicales, numéro d’assistance, permis si nécessaire.Organisation du sac et astuce de gain de place
Avec 40L, chaque litre compte. Voici ma méthode d’organisation pour un sac Osprey :
Les objets lourds proches du dos et au centre (réchaud, nourriture dense, batteries) pour la stabilité.Vêtements compressés dans des sacs étanches (Sea to Summit) pour réduire le volume et protéger de l’humidité.Matériel souvent utilisé (gants, lunettes, carte, téléphone) dans les poches supérieures et latérales pour accès rapide.Sac de couchage roulé et comprimé en bas, matelas fixé à l’extérieur si nécessaire (sangles du bas du sac).Répartir le poids latéralement pour garder l’équilibre sur les arêtes étroites.Navigation et gestion du risque en solo
En solo, on n’a pas le luxe d’erreurs. Je combine toujours plusieurs moyens :
Traces GPS enregistrées et horodatées.Carte papier et boussole pour confirmer les choix et éviter la dépendance totale aux piles.Points de contrôle horaires : je me donne des objectifs horaires et je note ma progression pour détecter tout retard potentiellement dangereux (baisse météo, fatigue).Horaires limites : j’ai une règle stricte pour ne jamais être sur une arête exposée après le coucher du soleil si je n’ai pas d’éclairage ou si la météo empire.Plan de secours (mon protocole en cas d’urgence)
J’ai un plan clair que je communique à une personne de confiance avant chaque traversée :
Itinéraire détaillé et heures estimées de passage aux points clés.Heure de check-in obligatoire : si j’appelle ou envoie un message à cette heure, tout va bien ; si non, la personne lance la procédure d’alerte.Utilisation du Garmin inReach : envoi d’un message « OK » toutes les 6–8 heures et bouton SOS si blessure grave.En cas de blessure mineure : immobilisation, appel au secours si mobilité impossible, descente vers le point d’évacuation le plus proche si possible.En cas de météo dangereuse : redescente planifiée vers un abri connu ou retour par l’itinéraire le moins exposé.Alimentation et hydratation : comment je tiens 36 heures
Pour rester performante, je privilégie des repas faciles à consommer et riches en calories :
Petit-déjeuner énergétique avant départ (avoine + noix + fruits secs).En route : barres riches en protéines et lipides (600–800 kcal par repas principal), fruits secs et gels pour les efforts rapides.Repas chaud le soir si possible : plat lyophilisé MSR ou repas déshydraté que je réhydrate avec de l’eau chaude.Hydratation : boire régulièrement, 300–500 ml par heure selon effort et altitude. Purifier l’eau si je dois remplir dans les sources de montagne.Tableau pratique : check-list rapide à imprimer
| Navigation | Carte, boussole, GPS, traceur |
| Protection | Hardshell, doudoune, gants, bonnet |
| Sommeil | Sac -5°C, matelas, tarp/mini-bivy |
| Hydratation | 1.5–2L, filtre/pastilles |
| Nutrition | Barres, repas lyoph., électrolytes |
| Sécurité | Trousse secours, inReach, lampe |
Préparation physique et mentale
36 heures en montagne demandent un travail en endurance, mais aussi une préparation mentale : je m’entraîne avec des sorties longues (10–12 h) avant le défi, intègre du fractionné en montée pour gérer l’effort explosif, et fais des sessions de randonnée avec sac chargé pour habituer mon dos et mes hanches. Mentalement, j’anticipe les moments de doute : je me rappelle pourquoi je suis là, et je planifie des petites victoires (atteindre un col, boire, manger) pour garder le moral.
Si vous envisagez cette traversée, adaptez chaque point à votre terrain et à votre niveau. Et surtout : respectez la montagne. Les erreurs se paient cher, mais la préparation intelligente permet de transformer l’effroi en adrénaline maîtrisée.